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 Voice of the Voiceless | Natiloh

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Shiloh Murray
MEMBRE DU MOIS ∞ félicitations !
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☆ INSCRIT DEPUIS : 29/06/2016 ☆ MESSAGES : 86 ☆ DISPO RP : SI PATIENT, OK
☆ AGE : 25
☆ METIER : Pas de chance pour moi, je ne suis pas la vétérinaire dont je rêvais en étant gamine. Mais.. J'ai, à mes yeux, le plus beau métier. Cavalière de reining à mon compte depuis quelques années. Avec mes chevaux et ceux de clients, bien entendu. Une belle écurie qui se garnit de très bons chevaux à mesure que le temps passe.
☆ LA-BAS : Dans cette foutue chambre qui n'est pas LA mienne .. Et dans laquelle je suis bien partie pour rester un bon moment. J'en suis ravie, vous n'imaginez même pas.
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MessageSujet: Voice of the Voiceless | Natiloh   Mar 6 Sep - 0:22


Voice of the Voiceless.
NATILOH
But I had already fallen. Fallen into this deep, dark hole. I was trapped. Trapped in this nightmare. The clock is the most scared thing in a hospital..

Les jours se suivent et se ressemblent dans cette chambre si blanche qu'elle m'en donne mal à la tête à force de contempler cette toile unie colorant le plafond. D'accord, j'exagère sans doute un peu puisque j'ai eu l'immense honneur d'être transférée dans une autre pièce. Adieu, service de réa ! Au déplaisir de te revoir. Bon. Là aussi, c'est sans doute dans l'excès. Je dois reconnaître que l'équipe médicale n'était pas si horrible que cela à supporter, mais ça, c'est aussi en partie grâce à ce fameux Docteur Caulfield, enfin je crois. Ses visites occasionnelles me font du bien, simplement parce qu'il ne me considère pas comme une blessée de guerre ou n'importe quoi de ce genre. Je sais très bien que toutes ces infirmières font leur boulot. Mais quand même, devoir répondre à la même question une centaine de fois dans la journée alors que la réponse est connue d'avance depuis mon réveil de ce coma en étant toujours la même, c'est usant. « Ca va faire une semaine que vous me posez cette question du matin au soir, et non, ça ne va toujours pas mieux. Et sur votre échelle de la souffrance de un à dix, laissez-moi vous dire qu'elle n'est pas suffisamment graduée pour avoir une idée précise de la réalité. » Le pauvre infirmier qui vient d'entrer dans ma chambre et qui a eu le malheur de lancer les premiers mots de ce comment vous sentez-vous ? m'est encore inconnu puisque ce changement de chambre a eu lieu ce matin seulement. L'une de ces questions que je ne supporte pas, simplement parce qu'il m'est impossible de dire que je vais bien. Etre ainsi dépendante des autres, de médicaments en tout genre pour aller un peu mieux, ça ne me réjouit vraiment pas. Mais, comme je suis une gentille fille et que je me rends compte que j'ai certainement été un peu trop sèche avec lui, vu la tête qu'il tire, j'ajoute d'une voix un peu plus basse « Désolée.. » Alors que je baisse un peu la tête avant de la tourner vers la fenêtre, je le vois doucement sourire. Il semblerait qu'il s'attendait à un tel accueil, sans doute a-t-il été mis au courant. Du coin de l'oeil, je le regarde s'approcher de moi alors qu'il se charge alors de me changer quelques pansements qui couvrent mon corps. Au moins, c'est un peu moins difficile à supporter qu'avec une nana. On échange quelques paroles, des banalités et même quelques petites blagues histoire que je me rattrape de ces salutations un peu bancales. Moi qui déteste les hôpitaux, je dois prendre sur moi pour rendre ce séjour déjà bien trop long le plus agréable possible. Et ça part par éviter d'aboyer sans raison à propos de tout et sur n'importe qui. Denys travaille aujourd'hui, jusqu'à bien assez tard. Suffisamment pour que je lui ai presque ordonné de rester chez lui pour se reposer plutôt que de venir jusqu'ici. Sa présence me calme pourtant, ça se sent que cela fait plus d'une journée qu'il n'était pas là.

Rapidement, je me retrouve à nouveau seule. L'après-midi est déjà bien avancée et pourtant, je m'ennuie comme pas possible. La télé est allumée, mais bien plus pour avoir un simple fond sonore que pour la passion d'un programme. Je n'ai jamais été réellement porter sur les films ou les séries, même s'il y a des exceptions. Mais là, dans cette chambre dans laquelle il n'y a que mon lit et quelques fauteuils, tous tout blanc, j'ai besoin d'entendre quelque chose même si c'est un programme complètement pourri. Vu l'heure qu'il est, de toute façon, il n'y a rien de fameux. Un soupire.. Puis un deuxième. J'essaie de me relever même si l'équipe médicale préfère que je le fasse en leur charmante compagnie. Sauf que.. Je n'aime pas dépendre des autres puis je suis aussi bien têtue, ça n'aide pas vraiment. Mes mains se posent de part et d'autre de ce matelas trop dur à mon goût et j'essaie, je force pour réussir à, au moins, m'asseoir toute seule. C'est difficile. Rien que ce geste pourtant anodin m'arrache presque une grimace de douleur. J'y suis presque, encore un petit effort. Là, voilà. Mes jambes partent sur le côté pour que j'arrive à me décaler doucement, sans oublier de respirer profondément. Un autre geste, pourtant vital celui-là, qui me donne cette impression presque familière de me prendre de nouveau coups dans la poitrine. Fichues côtes ! Les mains sur les genoux et mes jambes étant loin de toucher le sol, je me rends compte que me lever, seule, n'est pas encore pour aujourd'hui. De rage, j'envoie un coup de poing sur le bord de ce matelas alors même que cette douleur dans ma nuque s'ajoute à tout cela. Malheureusement, ce geste a eu pour effet direct d'arracher à moitié l'une de ces perfusions à mon bras. « Bordel.. » que je souffle alors, tentant de remettre cette aiguille d'où elle vient. Et qu'est-ce que ça fait un mal de chien. Ma respiration devient presque difficile, j'ai tendance à oublier que l'un de mes poumons s'est retrouvé être perforé. Quelle vie de merde.. Et ... Voilà que ça toque à la porte. Impossible pour moi de m'allonger en quatrième vitesse, l'air de rien. Ca risquerait de me faire encore plus mal. Ma tête fixe cette porte alors que j'imagine déjà l'infirmier venu juste avant entrer dans la chambre. Mais non, pas du tout. Je suis même très loin de savoir qui vient me rendre visite et surtout, encore plus loin d'imaginer ce que cet homme-là finira par devenir dans ma vie.


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    I am yesterday. I am everyday. I am gonna be...
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Nathanaël Chaplin

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MessageSujet: Re: Voice of the Voiceless | Natiloh   Mar 13 Sep - 16:58

Shiloh ∞ Nathanaël
Il y a des moments dans l’existence où une porte s’ouvre et où votre vie dérape dans la lumière. De rares instants où quelque chose se déverrouille en vous. Vous flottez en apesanteur, vous filez sur une autoroute sans radar. Les choix deviennent limpides, les réponses remplacent les questions, la peur cède la place à l’amour. Il y a des moments rares dans l’existence où une porte s’ouvre et où la vie vous offre une rencontre que vous n’attendiez plus. Celle de l’être complémentaire qui vous accepte tel que vous êtes, qui vous prend dans votre globalité, qui devine et admet vos contradictions, vos peurs, votre ressentiment, votre colère, le torrent de boue sombre qui coule dans votre tête. Et qui l’apaise. Celui qui vous tend un miroir dans lequel vous n’avez plus peur de vous regarder. Il suffit d'un instant. Un regard. Une rencontre. Pour bouleverser une existence. La bonne personne, le bon moment. Le caprice complice du hasard. (Citation remaniée de Musso, pour coller à la rencontre Natiloh.)


Jeudi 6 Octobre

S’il y a bien quelque chose que j’aime dans mon métier, c’est le fait que mes journées ne se ressemblent pas. Je n’ai pas de planning fixe, celui-ci bougeant sans arrêt, au gré de la vie de mes fidèles et de leurs sollicitations. Cela demande donc une sacrée organisation, pour être en mesure de préparer les offices religieux, ainsi que les événements marquants de la vie de certains de mes paroissiens, qu’ils veulent célébrer au sein de notre communauté. Rien que ce matin, par exemple, j’ai travaillé sur les touches finales pour un mariage, mais aussi d’un baptême, deux événements distincts qui vont avoir lieu dans une petite semaine maintenant. Mon téléphone m’a interrompu en plein préparatifs, « m’apportant » un enterrement à célébrer. Et il arrive parfois que mon métier ne soit pas le seul à me réserver des imprévus de ce genre : un peu avant que je n’aille me préparer à manger pour ce midi, mon chat a attiré mon attention. Je connais bien Léon, depuis le temps que je l’ai, et il ne m’a fallu qu’un regard pour comprendre qu’il n’était pas au mieux de sa forme. Déjà, dans la matinée, je l’avais trouvé un peu bizarre, mais comme il a fini par disparaître, comme à son accoutumée, en direction du jardin, je n’y ai pas fait plus attention que cela. Néanmoins, en le revoyant, j’ai réalisé qu’il paraissait patraque. Qualifiez-moi de propriétaire félin trop attentionné et craintif, et je l’assumerais, mais j’ai choisis d’amener Léon voir le vétérinaire.

C’est donc avec une bonne heure de retard sur mon planning que je franchis le seuil de l’hôpital. Il y avait du monde, au véto, et Léon a même été gardé par celui-ci, pour qu’il puisse au mieux comprendre ce qui arrive à la boule de poils. J’ai fait un rapide détour dans un supermarché, pour m’acheter de quoi manger sur le pouce, puis je me suis rendu à l’hôpital. Pour être tout à fait honnête, ça me fait toujours bizarre de venir en ces lieux. Ca n’est certes pas l’hôpital où j’ai fait mes études, mais ça reste quelque peu similaire. Et ça me rappelle beaucoup de souvenirs, plus ou moins agréables. Tout cela me semble si loin que parfois, je me demande s’il s’agit bel et bien de mon passé. Je sais cependant que je n’ai pas fait entièrement la paix avec ce pan de mon histoire, je me demande si je serais en mesure de le faire un jour. Mais j’ai trouvé mon équilibre, grâce à mon actuel métier, dans lequel je m’épanouis bien plus que cela n’était le cas quand j’étais en médecine. Je ne peux même pas concevoir que tout cela risque de voler en éclats, grâce à une rencontre que je m’apprête à faire. Ou à refaire, plutôt…

Bien entendu, j’ai prévenu l’hôpital du retard que j’aurais, aussi les quelques entrevues prévues ont pu être décalées. A peine arrivé, une infirmière m’accueille et me communique quelques numéros de chambre, qui ont sollicités de voir un prêtre, ou qui méritent, selon le personnel soignant, une visite de ma part. Refusant de prendre plus de retard que nécessaire, je ne m’attarde pas plus que nécessaire à ses côtés, et commence donc ma tournée. J’en suis à peu prêt à la moitié quand un infirmier m’interpelle, dans le couloir. Il me demande d’aller voir, si cela m’est possible, une jeune femme, qui a changé de service il y a peu, et qui, selon l’infirmier, aurait bien besoin de trouver quelqu’un à qui parler de ce qui lui est arrivé. Afin d’être le plus efficace possible, je lui demande quelques renseignements basiques, pour en savoir un peu plus sur elle, et sur ce qui la mène ici. Des informations utiles, pour m’aider au mieux à nouer un lien avec les gens que je vais voir. Des informations que l’on me donne assez rapidement, car on sait que, de toute façon, je finirais tôt ou tard pour apprendre de telles choses, soit parce que les patients me le diront d’eux-mêmes, soit parce que mon passé de médecin me donnera quelques idées de ce qu’ils ont. De toute façon, je suis comme les docteurs, lié par le secret professionnel, alors je ne vais pas hurler sur tous les toits que tel patient souffre de tel trouble, alors que tel autre a telle maladie. Je suis ici pour aider aussi bien les patients que l’hôpital, et non pas pour leur nuire.

Je continue mon tour, service par service, tâchant d’éviter les allers-retours inutiles. C’est ainsi que je finis mes visites en allant voir la jeune femme dont l’infirmier m’a parlé. Jeune femme dont le prénom, pour le moins incongru, a une résonnance particulière à mes oreilles : Shiloh. Le prénom de la petite amie d’un de mes anciens patients, qui est mort alors que je l’avais opéré, marquant ainsi le début de mon changement radical de vie. Ce prénom étant assez rare, et l’occasion assez marquante, pour qu’il m’ait marqué. Mais je me refuse à croire qu’il puisse s’agir de la même Shiloh. Même si je sais que Dieu peut être surprenant, et capable de croire que cela nous sera profitable à tous les deux. Autant dire que je penserais comme Lui, si tel était le cas, aimant voir Son œuvre dans toutes ces petites coïncidences. Alors que je frappe à la porte de la chambre de la jeune femme, je ne peux imaginer une seule seconde que Ses plans sont peut-être tout autre. J’attends quelques secondes, qu’elle ne réponde, mais nulle parole ne se fait entendre. Je frappe une fois encore, attendant de nouveau quelques secondes. N’ayant toujours pas de réponses, j’ouvre, doucement, la porte. La patiente pourrait être en train de dormir, après tout. Passant ma tête par la porte entrebâillée, j’observe la chambre, la balayant du regard. Pour finalement tomber sur le lit de la patiente, qui est à présent assise (ce qui ne devrait pas être le cas, vu l’accident qu’elle a eu, et dont m’a parlé l’infirmier). Fronçant les sourcils désapprobateurs, je finis par lui décrocher un sourire bienveillant, désireux de gagner sa confiance. Ne l’ayant pas encore reconnu, pour l’instant. « Bonjour. Je suis Nathanaël, je travaille avec l’hôpital. », je ne précise pas quel est mon métier, étant donné que ma tenue parle d’elle-même à ce sujet. Je rentre dans la chambre, la porte toujours entrouverte. « Tu vas bien ? ». J’opte toujours pour le tutoiement, sauf avec les personnes plus âgées que moi, cela instaure, je trouve, un contact de confiance, plus rapidement que le vouvoiement, qui met une trop grande distance entre les gens et moi. C’est en l’observant plus attentivement que mes sourcils se froncent à nouveau. Pour deux choses, dont je prends conscience simultanément : l’état de sa perf’, et aussi le fait que je la connaisse. Vaguement. Je mords l’intérieur de mes lèvres, tâchant de trouver en moi le courage nécessaire pour faire face à ce fantôme, provenant tout droit de mon passé, et que je n’étais pas forcément prêt à affronter aujourd’hui. « Besoin d’aide ? », demandé-je, sans brusquerie dans ma voix, en désignant d’un signe de tête sa perf’. Après tout, vu la situation, il y a de fortes chances pour qu’elle ait tentée de se lever seule, refusant sans nul doute l’aide du personnel médical. Une chose assez courante, en fait. Je compte sur le fait qu’elle ne souhaite pas vraiment solliciter l’aide de ceux-ci pour réparer sa bêtise, afin de lui proposer mon aide, et ainsi, parvenir à gagner sa confiance. Après tout, je suis ici pour l’aider. Et ce, en dépit du fait qu’elle me déteste, sans nul doute. Néanmoins, si elle n’accepte pas, je vais bien entendu devoir appeler un(e) infirmier/infirmière, ne pouvant la laisser ainsi.

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J'ai tellement rêvé que le réel me tue.
Moi, j’ai toujours eu ce dont j’avais envie mais jamais ce dont j’avais besoin : une main qui se tend et quelqu’un qui me comprend. Des yeux qui me pardonnent d’avoir mentit autant, quelqu’un qui me répare, qui met de l’or dans ma vie.


Dernière édition par Nathanaël Chaplin le Dim 30 Oct - 23:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Voice of the Voiceless | Natiloh   Dim 2 Oct - 11:40


Voice of the Voiceless.
NATILOH
But I had already fallen. Fallen into this deep, dark hole. I was trapped. Trapped in this nightmare. The clock is the most scared thing in a hospital..

De toute ma vie de cavalière, c'est bien la première fois qu'une chute me met dans un tel état. Non, mais sérieusement. Regardez-moi, même deux seules secondes seulement ! Je suis incapable de bouger toute seule, incapable de boire par moi-même -cette foutue bouteille est hors de portée-, incapable de me doucher seule,  incapable d'aller me promener en forêt toute seule avec mon chien Douk, incapable de remonter à cheval. Autant dire que je ne vis plus depuis ces quelques semaines qui me rendent totalement dépendante des autres. Et oui, si je n'arrive déjà pas à me lever par mes propres moyens, autant dire que ce n'est pas pour demain que je vais pouvoir remettre le pied à l'étrier ! Mais ça, les blouses blanches ne le savent pas. C'est bien trop difficile à supporter. Si bien qu'une fois dehors, même s'ils vont me dire d'oublier l'équitation pour un moment -et partie comme c'est, ça risque d'arriver !-, et bien.. Je serai à cheval. Personne ne pourra m'en empêcher. Il n'y a bien qu'à leur contact que je suis heureuse, que j'ai envie de sourire de façon sincère. Pas besoin d'un galop enivrant pour que je me sente bien. Juste un tour au pas. Ou peut-être deux. Avec un petit galop. Juste pour la sensation de liberté totale que cette allure apporte. Cela ne devrait pas me tuer sur le coup, non ? Cela me manque cruellement.. Forcément, cette absence d'équidés près de moi joue sur mon moral et sur mon humeur. J'ai beau recevoir des tonnes de photos des chevaux, savoir que Douk est avec Denys.. Ca ne me suffit pas. Le pauvre infirmier qui a subit ma mauvaise humeur vient de fermer la porte de cette chambre et peut en témoigner. Il ne fait que son boulot, j'en ai bien conscience. Mais, ils ne peuvent pas éviter d'en remettre une couche avec les mêmes questions qui attendent toujours les mêmes réponses ? J'en soupire doucement. Le silence si lourd et si pesant de l'endroit n'est troublé que par le vague son de la télévision à laquelle je porte une attention des plus distraites. La vie au ranch ne m'accorde, en temps normal, pas la moindre possibilité de me poser devant une émission. Du coup, tous les programmes qui passent ne m'intéressent pas grandement. Mes frères travaillent encore à cette heure, ils ne devraient pas passer me voir avant un bon moment. Denys aussi. Là, oui, certes, je suis seule. Mais en étant prisonnière de cette solitude, ce n'est clairement pas pareil.

Même une semaine après, j'ai du mal à me dire que j'ai dormi aussi longtemps que ça. Un coma dans lequel on m'a plongé pour éviter, -d'après les dires de l'équipe médicale qui me suit-, des complications. Comme si ça pouvait être pire, sérieusement. Je dois restée allongée toute la journée, à compter le nombre de dalles au plafond ou les gouttes qui tombent de ces perfusions. Est-ce que ma vie peut être réellement pire que ça ? Ok, j'abuse certainement. Je sais qu'ils font au mieux pour que je libère rapidement ce lit que je déteste pour d'autres futurs patients et que s'ils disent que la situation aurait pu être aggravée si je m'étais mise à bouger dans tous les sens, je devrais les croire. Après tout, à vouloir tenter de me redresser comme une grande et sans la moindre aide, je leur donne raison. Terriblement raison. Constatation qui m'enrage un peu plus. Mes poings se serrent sur ce drap qui me recouvre. Blanc, lui aussi. Tout ce blanc me monte à la tête. Mes pensées, actuellement, contrastes fort heureusement étant si sombres, si obscures.. Et me voilà ainsi à tenter de m'échapper de ce lit. Juste pour m'asseoir. Rien de plus. Je veux juste me sentir être capable de me redresser seule. Petit à petit, j'y arrive. Au prix de quelques grimaces de douleur. Une chance que je ne sois pas douillette comme nana, ou peut-être pas. Si je n'avais pas un seuil de tolérance à la douleur aussi important, je ne me fatiguerai pas à aller contre l'interdiction des blouses blanches. Mais, j'ai toujours été ainsi. A tester, à tenter pour mieux me vautrer par la suite. Et là, ça ne loupe pas. Ces aiguilles dans ma peau s'arrachent presque, pas entièrement -et heureusement d'ailleurs-. Comme si cela ne suffisait pas, en plus de ma peur panique des aiguilles, quelqu'un se met à toquer à la porte de ma chambre. Là, je l'avoue, j'ai mal. Genre : 20/10. Voire même plus. Le souffle coupé par cet effort que je n'aurai pas dû faire, je suis incapable de prononcer le moindre mot. Loin de me tenir aussi droite que je le voudrais, l'une de mes mains se pose contre moi et mes doigts se resserrent brusquement contre ce tissu qui me recouvre. En voilà un magnifique enchaînement de choses qui le sont moins ! Mon regard, fixant cette porte qui s'ouvre, ne le reconnait pas tout de suite. « Bonjour. Je suis Nathanaël, je travaille avec l’hôpital. » Nathanaël. Ce prénom me dit vaguement quelque chose. Cette douleur qui devient chaque jour plus familière arrive tout de même à court-circuiter certaines choses : je l'aurai reconnu de suite si cela n'avait pas été le cas. Il se décide alors à entrer dans la pièce, alors que je tente -si bien que mal- de camoufler cette foutue aiguille, tout en serrant les dents pour m'allonger comme si de rien était. Et ça, ce n'est vraiment pas gagné. J'ai la cruelle impression de me faire poignarder à chaque esquisse de mouvement. Je reste silencieuse. Autant parce que ce Nathanaël commence à se rassembler en souvenirs qui ne me plaisent pas des masses dans ma p'tite tête que parce que parler me semble tout bonnement impossible pour le moment. Pourtant j'essaie, promis. Mes lèvres s'entrouvrent, mais aucun mot n'en sort. Pour le moment. « Tu vas bien ? » Question devenue habituelle. Je détourne mon regard de lui pour ne pas m'avouer à moi-même, dans la foulée, que ce n'est vraiment pas la grande forme. L'idée que d'autres souffrent bien plus que moi me rend toujours plus forte face à cette foutue douleur. Donc oui. Malgré l'état dans lequel je me retrouve, je vais bien. Haussant doucement les épaules, mon regard se reporte sur le sien à nouveau. « Ca va. » que je finis par lâcher à voix basse, juste pour ne pas avoir à respirer trop profondément. Qu'est-ce qu'il fait ici, dans cette ville et dans cet hôpital ? Est-ce qu'il m'a seulement reconnu ? J'en doute. Après tout, il doit voir un bon nombre de personnes différentes. En le revoyant face à moi, c'est une toute autre plaie qui se déchire à nouveau. Bien plus ancrée en moi et invisible à tout examen médical. Le regard fixé sur cette porte, je ne reviens à l'instant présent qu'en entendant à nouveau sa voix. « Besoin d’aide ? » Fermant mes yeux quelques courtes secondes, je tente de me concentrer sur cette respiration devenue laborieuse en un très bref instant. Une lueur bien étrange s'y trouve lorsqu'ils s'ouvrent à nouveau. Un curieux mélange de faiblesse face à la mort d'Aaron, de tristesse en me rappelant que ma vie s'est mise à dériver dès son départ, de souffrance également. Physique, bien entendu. Mais, morale également. Il est curieux de se dire qu'avec le temps, ce regard que je porte à cet homme finira par changer radicalement allant jusqu'à emprunter des teintes qui n'étaient réservées qu'à Aaron. « Vous êtes venu me dire que j'ai un problème au coeur en plus de mon envie de m'arracher le poumon ? » que je glisse sans réussir à soutenir son regard. Il ne ressemble pas à celui de mes souvenirs. C'est assez déroutant et déstabilisant. M'habituant à cette position -même si elle demeure inconfortable-, je ne suis plus aussi gênée pour aligner quelques mots. Finalement, j'intercepte ce détail à son col. Il a troqué sa blouse de doc pour entrer dans les Ordres ? Pas possible. Je dois délirer. Et ce n'est pas ce Nathanaël -qui pourtant lui ressemble comme deux gouttes d'eau, à quelques années- qui se tient devant moi. Si ? « On ne m'a pas prévenu que mon heure était venue. » Oui, j'essaie une pointe d'humour. A peine noir. S'il y a un double-sens à ces quelques mots ? Sans doute. De part son nouveau métier, bien entendu. Mais aussi alors que je me souviens encore très bien de ce qu'il s'est passé il y a sept ans en arrière. La dernière fois que je l'ai vu, il m'avait annoncé la mort d'Aaron. Et comme avec l'infirmier peu avant, je me rends compte que mon humeur quelque peu massacrante me pousse à dire certaines choses exagérées. Après tout, en ce qui concerne Aaron, je sais très bien que ce n'est pas de sa faute. Il a fait au mieux, c'était un risque qu'il y avait depuis le début.. Une situation qui est loin d'être facile à gérer alors qu'elle me tombe dans les bras sans même prévenir et pire encore, dans un tel contexte. Baissant la tête, je finis par lui tendre plus docilement mon bras tout en marmonnant un vague « Désolée.. ». Libre à lui de m'aider, malgré ce sublime accueil ou de tourner les talons pour laisser quelqu'un d'autre se prendre mes petits caprices. Le bras tendu -comme je le peux, ça tire un peu beaucoup quand même !-, mes yeux se posent sur cette aiguille. Mauvaise idée vu la pâleur qui s'installe immédiatement sur mon visage. Ces pointes ne me dérangent pas plus que ça lorsque je dois en manipuler pour les animaux. Mais sur moi.. C'est autre chose.


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MessageSujet: Re: Voice of the Voiceless | Natiloh   Mar 1 Nov - 11:41

Shiloh ∞ Nathanaël
Il y a des moments dans l’existence où une porte s’ouvre et où votre vie dérape dans la lumière. De rares instants où quelque chose se déverrouille en vous. Vous flottez en apesanteur, vous filez sur une autoroute sans radar. Les choix deviennent limpides, les réponses remplacent les questions, la peur cède la place à l’amour. Il y a des moments rares dans l’existence où une porte s’ouvre et où la vie vous offre une rencontre que vous n’attendiez plus. Celle de l’être complémentaire qui vous accepte tel que vous êtes, qui vous prend dans votre globalité, qui devine et admet vos contradictions, vos peurs, votre ressentiment, votre colère, le torrent de boue sombre qui coule dans votre tête. Et qui l’apaise. Celui qui vous tend un miroir dans lequel vous n’avez plus peur de vous regarder. Il suffit d'un instant. Un regard. Une rencontre. Pour bouleverser une existence. La bonne personne, le bon moment. Le caprice complice du hasard. (Citation remaniée de Musso, pour coller à la rencontre Natiloh.)


Jeudi 6 Octobre

C’est une journée basique, pour moi, et pourtant, ces « retrouvailles » ne sont en rien banales, et n’amorceront en rien quelque chose de commun. Mais, bien entendu, pour l’heure, je n’en sais rien. Comment le pourrais-je seulement, étant donné que ce qui finira par arriver est à mille lieux de ce que je peux imaginer, de ce que - à l’heure actuelle - je souhaite pour mon avenir ? Renoncer à ma vocation – qui m’apaise – pour me relancer dans une histoire avec une jeune femme – bien plus jeune que moi – mais qui a également un gros grief contre moi, et qui ne partage pas le moins du monde ma foi. Autant dire que, sur le papier, tout ça part très mal. Et pourtant, ça sera indéniablement ce qu’il me faut pour parvenir à affronter – pour de bon – les démons de mon passé. Néanmoins, si, au moment où je vous parle, je pouvais savoir ce qui finira par se produire, je pense que je ferai demi-tour. Pas vraiment prêt à vivre de tels changements, à voir ma vie se modifier autant, pas après avoir mis autant de temps à lui donner un semblant de stabilité, et être parvenu à apaiser mon âme. Sans oublier l’épineuse question de ma profession… Autant dire que ces retrouvailles m’obligeront à réfléchir sur beaucoup de choses, et remettre encore plus de choses en question. Mais ma vie ne sera pas la seule à être bouleversée. Toutefois, tous ces doutes, toutes ces craintes, ça en vaudra largement la peine. Enfin, cela est loin devant moi, nul besoin de s’étaler sur cet avenir des heures encore, autant se concentrer sur le présent.

Je suis stupéfait de voir que cette Shiloh – celle que l’on m’a demandé de voir aujourd’hui, soit la même que celle de ce passé avec lequel je tente de me réconcilier. Malgré tout, mon regard sur elle ne change pas. Pourquoi devrait-elle, de toute façon, pâtir du fait qu’elle me ramène à une époque où ma vie était – réflexion faite – chaotique ? Sans oublier que si j’ai été amené jusqu’ici, c’est forcément avec raisons – Ses raisons ! (Nul besoin de dire que mon avis sur le sujet risque de changer, lorsque je réaliserais qu’elle ne me laisse pas de marbre, et que je suis loin de la laisser indifférente…). Sachant que, dès lors qu’elle me reconnaîtra, elle risque de m’en vouloir – bien plus qu’elle ne semble actuellement peu ravie de voir quelqu’un s’inviter dans sa chambre. Mais entre voir un prêtre débarquer dans sa chambre, sans qu’on n’ait sollicité une telle visite, et voir ressurgir le médecin qui n’a pas été capable de sauver la personne que vous aimez, il y a un gouffre ! Je le vois bien, le moment où elle se souvient de moi, de notre dernière entrevue. Son regard s’assombri quelque peu, son visage semble se refermer encore plus, tandis que son corps parait plus crispé encore. Ou peut-être est-ce seulement là un tour de mon imagination ? M’attendant après tout à la voir réagir de la sorte, en réalisant qu’on se « connaît » ? Je ne tourne cependant pas les talons. Je continue à agir, comme je l’aurai fait avec n’importe qui d’autre. Je l’admets, en cet instant précis, j’en suis à me dire qu’Il m’a sans doute fait venir dans sa chambre pour l’aider à faire le deuil de son petit-ami, à ne plus vivre dans la douleur engendrée par ce drame, comme cela est si souvent le cas, lors d'une mort aussi brutale. Qu’Il ait fait cela pour nous permettre à tout deux d’avancer, et aussi, à elle de ne pas se mettre en tête que la fatalité la poursuive. Des histoires comme les siennes, j’en ai déjà vu un bon nombre depuis que je suis prêtre. Des personnes qui ont perdu l’être aimé, très – trop – jeunes, sans que rien n’ait vraiment pu les préparer à cela. Le sentiment de rancune à l’encontre de Dieu, et de la vie en générale, je l’ai déjà vu. Il a bien souvent été suivit par une impression que l’univers vous en veut, lorsque des drames se succèdent dans votre vie. Des individus préférant Le rejeter, et rejeter les autres, j’en ai côtoyé beaucoup. La plupart, à force de dialogue, j’ai réussi à leur faire ouvrir les yeux sur leur souffrance, qui les empêchaient de vivre. A passer outre leur colère, envers Lui ou la terre entière. Parfois même à les aider à retrouver leur foi. Tout cela donc pour dire que je sais à quoi m’attendre, possiblement, avec elle. Bien que j’ai conscience que cela change, d’une personne à l’autre, et qu’en plus, c’est bien la 1ère fois que je me retrouve face à une malade à laquelle j’ai eu à annoncer la perte d’un de ses proches – un de mes patients – il y a de nombreuses années de cela. Mon ton reste égal, même si je suis un peu plus prudent que d’habitude. Non pas que j’ai peur d’elle. Je redoute plutôt son courroux, et la façon dont celui-ci peut s’exprimer. Je n’ai guère envie qu’elle tente de m’étriper, son corps ne le supportera sans doute pas, pas après qu’elle ait tenté de se redresser toute seule. Mon sourire réapparait cependant sur le visage, espérant lui faire comprendre que je ne suis pas là pour la blesser ou autre, mais vraiment là pour l’aider. Que je ne vais pas pour autant imposer ma présence, si elle préfère que je parte. Somme tout, j’agis comme avec n’importe qui, tentant cependant de lui faire comprendre encore plus qu’aux autres malades que je peux rencontrer que je ne suis pas là en ennemi. Même son « Ca va. » – loin d’être convaincant et chaleureux – ne me fait pas partir d’ici. Nulle trace de courage surhumain à rester face à cette jeune femme qui doit me détester, il s’agit juste pour moi de faire mon travail. Et d’accomplir Sa volonté. Remarquant qu’elle est mal à l’aise. Soit du fait de ma présence et de tout ce que ça ravive en elle, soit du fait qu’elle n’aime pas être vu en une telle situation par un « inconnu », soit du fait qu’elle ait mal et refuse de l’admettre. C’est d’ailleurs bien parce que je penche pour cette dernière option que je me permets de lui proposer mon aide, au sujet de sa perfusion.

Sa manière de me répondre par la suite me fait clairement savoir que ma présence l’importune. Presque autant que sa perf’, qui a quitté sa place. « Vous êtes venu me dire que j'ai un problème au coeur en plus de mon envie de m'arracher le poumon ? », m’indique clairement qu’elle m’a reconnu. Sinon, on peut m’expliquer d’où elle sort son petit mot sur les problèmes cardiaques ? Sachant – s’il est besoin de le préciser – que c’était précisément ma spécialité, lorsque nous nous sommes croisés, il y a de longues années de cela. « On ne m'a pas prévenu que mon heure était venue. », me fait savoir que, soit elle me considère comme un « ange de la Mort » - ce qui pourrait se comprendre, vu notre passé commun, soit elle a réalisé que je n’étais plus un médecin…. L’un dans l’autre, je ne sais pas ce qui est le pire. On va dire sa manière de me parler, simplement. Et pourtant, je ne m’offusque pas. Je ne bouge pas d’un pouce. Accusant le coup, stoïque. Estimant que c’est « mérité ». Elle ne s’attendait pas à me revoir un jour, et encore moins en de telles circonstances, alors il est normal qu’elle ne me saute pas au coup et ne sabre pas le champagne. Je lui ai annoncé la mort de son petit ami, à l’époque, pour la voir dans un état de faiblesse qui ne plait que rarement aux malades. Mon regard ne dérive pas d’elle, il ne l’a pas quitté depuis que je suis arrivé. Manière pour moi de lui faire comprendre que je ne me préoccupe pas de son état actuel de « faiblesse », mais aussi de lui laisser la possibilité de déverser sa bile sur moi, si elle en éprouve le besoin. Si cela lui permet de la débloquer un peu, même si elle finit par me mettre dehors. Peut-être arrêtera-t-elle de s’énerver sur le personnel médical qui tente de l’aider ? Je n’ai jamais fui les difficultés qui pouvaient parsemer ma vie, les affrontant de mon mieux, changeant même littéralement de carrière quand j’ai réalisé que la médecine n’était pas faite pour moi. Je ne vais donc pas commencer aujourd’hui. « Désolée… », finit-elle alors me dire, la tête baisse, le bras tendu, comme si elle regrettait son emportement précédent. Un soupir m’échappe, me faisant prendre conscience que j’en étais venu à retenir mon souffle, attendant soit qu’elle éclate plus encore, soit qu’elle me foute dehors, soit qu’elle parvienne à réaliser d’elle-même que rien de ce qu’elle pourrait bien me dire ne nous fera revenir en arrière. Elle devra se faire à une vie sans celui qu’elle aimait, comme je devrais me faire à une vie où j’ai contribué à la mort de celui-ci, en ne parvenant pas à détecter le problème avant qu’il ne prenne une ampleur mortelle. Je secoue doucement la tête, à la négative, en fouillant dans mon sac en bandoulière. Un véritable fourre-tout, là-dedans, mais j’y ai surtout une véritable petite trousse de secours. Ca m’a été fort utile, à bien des reprises. Je sors une lotion hydro-alcoolique, pour mes mains, et de quoi désinfecter son bras, également : il serait dommage d’empirer son état de santé, alors que je ne suis pas là pour ça. « Ne t’excuse pas : tu as le droit d’être en colère. », dis-je, tout en désinfectant mes mains, et en m’approchant d’elle. Je ne précise pas ma pensée, si je parle quant à la colère qu’elle ressent à mon égard – à cause de notre passé commun – ou de celle qu’elle ressent d’être coincée à l’hôpital. Attrapant doucement son bras, que je désinfecte rapidement, j’ajoute cependant : « Par contre, tu ferais mieux de t’excuser pour ne pas avoir écouté les recommandations des médecins. », expliqué-je, pour finalement lui piquer le bras, d’un geste sûr et rapide. Un geste basique qui ne s’oublie pas, même si cela fait des années que je n’ai pas pratiqué. Rien d’exceptionnel cependant, je ne suis pas capable de faire des gestes plus compliqués que cela, et encore moins d’opérer de nouveau. Les procédures opératoires évoluent rapidement, et cela fait bien trop longtemps que je n’ai pas été dans un bloc opératoire pour que ça ne soit pas un danger pour un éventuel patient. « Tu veux sortir d’ici : c’est normal », enchaîné-je en vérifiant ensuite si la perfusion fait correctement son office, que le liquide puisse se répandre correctement jusqu’à la malade. « Mais si tu pousses trop ton corps alors qu’il n’est pas prêt, tu devras non seulement rester ici plus longtemps, mais tu risqueras surtout d’empirer ta situation. », lui expliqué-je en lui adressant un léger sourire, avant d’aller jeter ce que j’ai utilisé pour la désinfecter. Un peu moralisateur, j’en ai conscience. Mais c’est sans doute là ma double-casquette qui parle : celle de l’ancien médecin qui n’a que trop conscience des complications qu’elle peut provoquer sur son corps, à refuser d’écouter les recommandations médicales. Et celle du prêtre, qui est là pour tenter de lui « faciliter » les choses.

Je me tourne pour lui faire face, restant auprès de la poubelle, essayant ainsi de ne pas empiéter sur son espace vitale : elle ne désire pas vraiment ma présence ici, je me dois de ne pas m’imposer plus que de raison. « Besoin d’aide pour te recoucher ? », finis-je par demander, me doutant qu’être assise, ça ne doit guère être confortable pour elle, vu l’accident qu’elle a eu. Mais, comme quelques minutes plus tôt, mon ton est léger, indiquant que je ne la force pas. Néanmoins, là encore, il n’est pas improbable que je ne fasse pas appel à un/une infirmier/ère si elle refuse. Je ne peux guère la laisser dans un tel état, après tout. Cela doit paraître déroutant de me voir garder mon calme face à elle, alors qu’elle ravive des souvenirs loin d’être agréable. Mais je prends cela comme une épreuve adressée par Dieu. Il veut me faire comprendre qu’il me faut faire face à mon passé, pour parvenir à en tourner entièrement la page. Et, comme je l’ai dit tout à l’heure, je ne vais nullement m’énerver sur elle, ou la laisser m’énerver via son attitude désobligeante. Il en faut beaucoup plus que cela pour m’énerver, et je comprends sa rancune. C’est bien pour cela que mon ton est resté égal, tout au long de notre échange. Et que je n’ai même continué à la tutoyer : après tout, j’ai commencé « l’entretien » ainsi, comme à mon habitude. Je ne vais pas la vouvoyer rien que parce qu’elle a de quoi me mépriser. C'est aussi pour ces raisons que je n'ai pas repris ce qu'elle m'a dit un peu plus tôt. Sauf si elle compte revenir dessus. Auquel cas je lui ferai sans doute comprendre qu'il serait préférable d'attendre qu'elle soit un peu moins tendue pour qu'on puisse parler de cela, de manière un peu plus apaisée - si tant est que cela soit possible. A mes yeux, elle est une patiente de cet hôpital comme une autre, à qui je viens de proposer mon aide. C’est plutôt déroutant de se dire que dans quelques temps, cela va grandement changer…

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J'ai tellement rêvé que le réel me tue.
Moi, j’ai toujours eu ce dont j’avais envie mais jamais ce dont j’avais besoin : une main qui se tend et quelqu’un qui me comprend. Des yeux qui me pardonnent d’avoir mentit autant, quelqu’un qui me répare, qui met de l’or dans ma vie.
Shiloh Murray
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MessageSujet: Re: Voice of the Voiceless | Natiloh   Sam 31 Déc - 17:15


Voice of the Voiceless.
NATILOH
But I had already fallen. Fallen into this deep, dark hole. I was trapped. Trapped in this nightmare. The clock is the most scared thing in a hospital..

C'est une galère sans nom, lorsqu'on se retrouve privée de sa passion depuis toujours et qui est, en plus de cela, son gagne-pain. Je sais que j'ai énormément de chance de pouvoir allier travail et passion, que ce n'est pas une chose que tout le monde est en droit de faire ou qui, pour n'importe quelle raison, ne peuvent pas rejoindre ces deux penchants. Toute ma vie tourne autour des chevaux. Le matin, je me lève et des boxs à nettoyer puis à pailler m'attendent. Sans compter les chevaux à sortir dans les différents prés avant de s'attaquer aux petites corvées -mais grands plaisirs- d'avoir sa propre écurie. Puis, il y a ces chevaux à sortir, à entraîner pour qu'ils soient meilleurs de jour en jour. Des jeunes, avec qui le travail commence à peine ou de plus âgés que j'ai à ma disposition pour les plus gros shows.. Sans oublier les cours -ou plutôt séances de coaching- que je donne à ces quelques clients qui veulent aussi sortir leurs chevaux en concours amateurs en plus de mes propres catégories professionnelles. Et tout ça, en essayant de déléguer certaines tâches à ces quelques personnes qui travaillent avec moi. Heureusement que j'ai ces deux aides au quotidien. Je serai surpassée sinon. Mais, j'ai du mal. J'ai énormément de mal à leur laisser quelques libertés. Disons qu'il n'y a pas assez d'heures dans une journée pour se permettre un contre-temps ou ce genre de choses. Et là, être ainsi allongée dans ce lit sans ne pouvoir rien faire .. A regarder ces heures qui me manquaient me passer sous le nez. Cela m'énerve. Vraiment. C'est même insupportable en fait. Je déteste le calme. Il faut que ça bouge autour de moi, sinon, c'est la folie qui m'attend. Penser à trop de choses sans pouvoir m'activer pour les laisser de côté, les oublier .. Ce n'est tout simplement pas possible. Si en plus le destin me ramène un visage douloureusement familier ... Le gros bordel. Promis, si j'avais su que cet infirmier allait prévenir le prêtre en service dans cet hôpital, qui n'est autre qu'une lointaine connaissance reliée à la mort d'un homme que j'ai aimé comme personne, je me serai directement montrée bien plus docile. Quoique. Ce discours finira à nouveau par changer lorsque je prendrai finalement conscience que cet ancien doc' sera certainement bien plus important encore. Qu'il va me permettre, au final, de vivre à nouveau. De tourner la page qui me semble bien trop difficile à oublier malgré les années. Il finira par s'imposer dans ma tête et dans mon coeur, pour le redorer doucement et le réchauffer. Que sa prison de glace qui l'entoure craquelle pour finir par exploser une bonne fois pour toute. Que je m'autorise à m'ouvrir à quelqu'un d'autre sans avoir la peur du jugement ou de me retrouver à nouveau seule. Je crois bien que c'est cette crainte qui me force à toujours être en mouvement. Pas comme dans cette chambre si blanche dans laquelle je suis toute seule si je ne compte pas les quelques visites que je peux avoir. C'est d'ailleurs pour tout ça que même si je ne le dis pas expressément, je suis plutôt ravie de voir des personnes venir vers moi. Même pour quelques minutes, je m'en fous. Ca me suffit. Et même si cette venue est celle de cet homme à l'accent intriguant qui me fait plonger quelques années en arrière.

Sans savoir réellement pourquoi, j'ai envie de me soustraire à son regard qui reste planté sur moi. C'est bien déstabilisant comme situation et je ne sais même pas ce qui s'impose le plus à moi : ma douleur physique ? Celle qui est plus d'un ordre moral ? L'impression plus qu'étrange d'être ainsi face à celui qui a, finalement, été l'un des derniers visages qu'il ait vu avant de mourir il y a quelques sept années de cela ? Ces mots que ce doc a pu prononcer pour nous annoncer cette foutue nouvelle qui me reviennent soudainement en tête, alors que je commençais seulement à les oublier ? Cette haine que je nourris contre moi-même et contre le monde entier ? Je ne sais pas où ni même à quel moment j'ai pu merder dans ma vie. Tout ça en 24 pauvres années. Non, vraiment. Si on m'annonce demain que je ne dois pas remonter à cheval : tant pis. Il y en a bien une qui chantait vouloir mourir sur scène. Et bien moi, c'est en selle. Ca peut paraître assez extrême comme pensée, mais l'optimisme et moi, on n'est plus vraiment super potes depuis peu. Est-ce qu'il prendrait peur si je lui parle de ce genre de choses ? Normalement, non. Il est prêtre. Il doit certainement entendre pire certains jours, pas vrai ? Qu'il s'en rassure, je vais garder ça pour moi. Pour le moment. Tant que je ne me prends pas de Shiloh, tu ne peux plus monter à cheval.. Là, ça risque d'être le drame. En tout cas, j'ai donc fini par m'excuser tout en détournant le regard. Mes pieds me semblent soudainement passionnant. Je le suis tout de même du coin de l'oeil lorsqu'il sort son petit matos de ce qui semble être une véritable caverne d'Ali Baba du secouriste chevronné. Au moins, il sait ce qu'il fait. Et c'est un poil rassurant, mine de rien. « Ne t’excuse pas : tu as le droit d’être en colère. » Une réponse qui me surprend. Non pas que je m'attendais à ce que cela parte en conflit, mais il aurait été en droit de me faire une petite remarque pour me faire descendre de mon nuage. Sincèrement, je ne lui en aurais même pas voulu. Alors qu'il se rapproche de moi, je me sens presque tourner de l'oeil en pensant à toutes ces aiguilles un peu partout dans mon corps ce qui m'arrache même un léger frisson. Ah, je déteste ça .. « Vous auriez certainement été en droit de me faire une petite réflexion. » Parce que oui, j'ai un peu abusé quand même. Je l'avoue. Ce n'est certainement pas les valeurs morales que mes parents m'ont laissé. Aboyer sur quelqu'un qui vient simplement faire son boulot. On va dire que c'est mon côté grande gueule qui a pris le dessus. Même si, intérieurement, je suis anéantie de voir ce visage face à moi. Je lui laisse mon bras, sans trop râler alors qu'il le désinfecte et que ça me démange sur le coup. Pourtant, je suis loin d'être une douillette en temps normal. Bon, il vaudrait mieux que je détourne le regard. Sinon, ça ne va clairement pas le faire. Je me mordille la lèvre, les yeux à moitié fermés alors que je tourne ma tête de l'autre côté. « Par contre, tu ferais mieux de t’excuser pour ne pas avoir écouté les recommandations des médecins. » Des paroles ajoutées, certainement pour détourner mon attention de l'aiguille puisque je ne l'ai même pas sentie me traverser la peau, à nouveau. J'en fronce un peu les sourcils, sans chercher à comprendre si c'est suite à ces quelques mots ou pour ne strictement n'avoir rien senti. Du tout. Mis à part ce contact de sa main sur mon bras, je veux dire. Puis m'excuser ? Pour avoir voulu me lever toute seule ? « Difficile de rester sagement à ne rien faire. Surtout lorsqu'on aime bien tester les choses par soi-même. » que je lui glisse, reportant mon regard vers lui. Bon, qu'il se rassure : j'ai compris la leçon du jour. Il est sans doute encore trop tôt pour que j'aille me passer un linge humide et bien frais sur le visage sans être escortée. Pire qu'une star foulant les tapis rouges ! « Tu veux sortir d’ici : c’est normal. » Mon attention est toujours rivée vers lui, alors qu'il prend le soin de jeter un oeil à cette foutue perfusion qui m'entrave de tout mouvement. J'ai vraiment l'impression d'être enchainée sur ce lit, et ça me gonfle. « Mais si tu pousses trop ton corps alors qu’il n’est pas prêt, tu devras non seulement rester ici plus longtemps, mais tu risqueras surtout d’empirer ta situation. » Des paroles justes et sensées. Je le sais. Mais, c'est plus fort que moi. Il faut que ce corps soit capable de rapidement se relever, sinon ça craint. Vraiment. « Ce n'est pas simplement sortir d'ici que j'veux.. » Même si c'est l'une de mes priorités. Fichue tendance à vouloir contredire les gens bien qu'ils soient dans le juste. On dirait une gamine qui cherche à jouer sur les mots, oui : je suis pathétique. Exprès, je laisse la fin de cette phrase en suspend. Il n'est pas idiot. Il doit se douter des nombreux sens qui sont dissimulés. Comme le besoin de bosser, de sortir, de m'aérer la tête et simplement, de ne pas repenser à une époque de notre passé qui est, bien malheureusement, commune. Je sais très bien qu'il n'est pas là pour mon coincer ou m'en mettre plein les dents. Je me doute très bien aussi qu'il soit obligé de prendre sur lui pour rester dans cette pièce et ne pas m'envoyer bouler. C'est bien pour tout ça -et aussi parce que je ne suis pas mauvaise de base-, que je tente de prendre sur moi et ainsi éviter de lui en mettre plein la tête. Jetant un coup d'oeil à cette aiguille à nouveau sous ma peau, j'en soupire doucement. « Ca ne peut pas être pire de toute façon. Je doute pouvoir sortir d'ici dans l'heure, surtout s'ils me voient incapable de tenir sur mes jambes toute seule. Donc bon.. » Et oui, si j'ai voulu me lever en solo, ce n'était pas simplement pour moi, mais aussi pour leur prouver qu'ils peuvent me laisser s'ils me voient debout. Comment ça, c'est une bien mauvaise technique ? Forte tête, moi ? Mais non. Pas du tout.. « J'peux pas savoir s'il n'est pas prêt sans essayer. » Encore une réplique bien enfantine, que je lui sers en haussant un sourcil comme pour le mettre au défi de contredire tout ça. Après tout, c'est une approche correct si elle était prise dans une autre situation qui n'implique pas la santé directement.

C'est après quelques courtes minutes bien silencieuses que je l'entends reprendre par un « Besoin d’aide pour te recoucher ? ». Une question qui me fait relever la tête vers lui, surtout alors que je me sens bien ridicule dans une telle situation. Incapable de me lever, mais aussi de m'allonger à nouveau sans la moindre aide. Et ça me bouffe mine de rien, d'être ainsi dépendante d'une autre personne. Franchement, si dans plusieurs dizaines d'années j'en suis réduite à végéter dans un lit en perdant ma tête, ne me laissez pas dans un tel état. Sérieusement. Ce n'est pas moi, ça. Puis même, là, ces énormes pansements commencent à me tirer dans tous les sens, à moins que ce ne soit un bon mal de crâne qui ne se décide à venir me rendre visite à son tour. Il a raison, il faut que je me recouche. J'essaie, comme je le peux, de pivoter doucement histoire de tasser mes oreillers derrière moi. A croire que l'effet des médicaments me laisse passer d'une colère nourrie par les souvenirs du passé à une certaine détresse à bien des égards sans même que je m'en rende compte.. Puis même, je tente, déjà, par moi-même, de me remettre à ma place. Sauf que c'est loin d'être aussi facile que je ne le pensais jusqu'alors. Puis bon, cette cruelle fatigue d'un effort prématuré, ce n'était sans doute pas l'idée de l'année. « Je n'ai pas trop le choix ? » et ça me tue un peu plus de m'en rendre compte. Vu l'accueil que je lui ai réservé, ça m'étonne vraiment qu'il se montre aussi avenant avec moi. Oui, je sais. C'est son boulot dans un sens. Je me cale donc à nouveau dans ce lit, le regard bien plus perdu et certainement démisionnaire. Oui, je suis une battante. Je l'ai même toujours été. Sauf que là, j'ai un genou à terre. « Vous pouvez m'le dire, ce n'est pas pour demain, hein ?! » Pas pour demain : que je vais pouvoir me lever et sortir d'ici. Pas pour demain que j'vais à nouveau être chez moi. Avec mes chiens, mes chevaux. Pas pour demain que j'vais pouvoir travailler à nouveau.. Jouant avec l'ourlet de cette couverture qui me recouvre à nouveau après l'avoir tiré à moi, mon regard ne quitte pas cette fine couture. « Dites, je peux vous poser une question ? » que je lui demande alors, tournant à nouveau la tête vers lui et son regard assez.. Troublant, il faut le dire. « Pourquoi vous êtes dans cette ville ? » Une question qui pourrait en amener bien d'autres, je le reconnais. Mais, j'ai toujours été curieuse. Et ce n'est pas en étant alitée que cela va changer. Cela m'intrigue, vraiment, même s'il est assez grand pour m'envoyer bouler s'il estime ne pas avoir à répondre à cette question. Forcément, j'en viens à me demander s'il s'agit d'un gros hasard bien mal placé ou d'autre chose pour que nos chemins se croisent de la sorte. Quelle pouvait être la probabilité qu'on parte vers la même ville ? Qu'il travaille dans l'hôpital où je suis ? Pire encore, qu'il ait été amené à venir me rendre visite dans cette chambre-là ? Surtout qu'il était marié, d'après mes souvenirs.. Enfin, en tout cas, il avait la bague au doigt me semble-t-il. C'est le genre de détails qui nous avait doucement amusé, avant son opération. Aaron s'éclatait bien souvent à imaginer ce jour, à deviner quelle robe j'allais pouvoir mettre tout en imaginant ces alliances qui auraient pu être les nôtres, mais qui ne le seront finalement jamais. Et du coup, il serait passé de docteur à prêtre ? Dites, est-ce que j'ai perdu la tête ?


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MessageSujet: Re: Voice of the Voiceless | Natiloh   Jeu 19 Jan - 18:01

Shiloh ∞ Nathanaël
Il y a des moments dans l’existence où une porte s’ouvre et où votre vie dérape dans la lumière. De rares instants où quelque chose se déverrouille en vous. Vous flottez en apesanteur, vous filez sur une autoroute sans radar. Les choix deviennent limpides, les réponses remplacent les questions, la peur cède la place à l’amour. Il y a des moments rares dans l’existence où une porte s’ouvre et où la vie vous offre une rencontre que vous n’attendiez plus. Celle de l’être complémentaire qui vous accepte tel que vous êtes, qui vous prend dans votre globalité, qui devine et admet vos contradictions, vos peurs, votre ressentiment, votre colère, le torrent de boue sombre qui coule dans votre tête. Et qui l’apaise. Celui qui vous tend un miroir dans lequel vous n’avez plus peur de vous regarder. Il suffit d'un instant. Un regard. Une rencontre. Pour bouleverser une existence. La bonne personne, le bon moment. Le caprice complice du hasard. (Citation remaniée de Musso, pour coller à la rencontre Natiloh.)


Jeudi 6 Octobre

L’accueil qu’elle me réserve est encore plus glacial que le froid qui commence à sévir à l’extérieur. Et pourtant, mon ton reste neutre. Sa colère est justifiée. Aussi bien à mon encontre qu’à l’encontre de n’importe qui. Je n’ai pas réussi à sauver son petit-ami, et le destin s’acharne, une fois de plus, sur elle. D’ailleurs, je lui fais savoir que la colère qu’elle témoigne à mon encontre est amplement mérité. Ce qui a pour résultat de l’étonner, au vu de sa réponse : « Vous auriez certainement été en droit de me faire une petite réflexion. ». Un fin sourire, sans réel joie, se dessine sur mes lèvres. J’aurai certes pu lui faire la morale quant à son attitude. Mais ça n’aurait mené à rien. Mon expérience, en tant que prêtre, m’a prouvé que faire ouvertement une leçon à quelqu’un de furieux, ça n’aboutit à rien, hormis à le braquer plus encore qu’il ne l’était auparavant. La clé ? La patience. « Ca n’aurait servi qu’à t’énerver encore plus. Et tu as de quoi être furieuse. », me contenté-je de lui dire. Je pars du principe qu’il est plus sain de laisser échapper sa colère, afin de pouvoir partir sur de nouvelles bases. C’est ainsi que j’ai toujours fonctionné. Une chose que m’ont inculqué mes parents adoptifs. Difficilement. Enfant, j’ai été plutôt difficile, et l’euphémisme adoucit bien trop la réalité, vous pouvez me croire. De la colère, j’en avais à revendre. J’ai passé des années à en vouloir à la Terre entière. Parce que j’avais dû quitter mon pays natal, l’homme qui avait tout d’un père pour moi, et mon petit frère. Parce que d’infâmes cauchemars troublaient la quiétude de mes nuits. Je repoussais tout le monde, hormis ma sœur. Parce que nul n’avait pu nous venir en aide, à Russie, nul n’avait pu empêcher que l’on soit séparé de notre frère. Personne ne savait ce que nous avions supporté, dans notre pays natal, et même nous, nous n’en avions pas encore totalement conscience, à l’époque. Alors, les discours moralisateurs des adultes - visant à me faire comprendre qu’un tel comportement, haineux, et ma manie à repousser leur autorité, ne me mènerait à rien de bon – je n’en avais cure. J’ai fait n’importe quoi. Jusqu’à l’implosion. Jusqu’à ce que mes parents adoptifs me fassent comprendre qu’il serait plus sain, pour moi, d’extérioriser cette rage au travers de la boxe. Je l’avoue sans honte : la boxe a été mon salut. Et je pratique toujours ce sport, à l’heure actuelle, certes, pas avec autant de régularité que la course, mais tout de même. Et oui : un prêtre qui revêt, de temps à autre, des gants de boxe. Plus surprenant, j’en ai conscience. Mais ça m’a été grandement utile, lorsque, des années plus tard, les souvenirs des horreurs perpétuées par mes géniteurs, me sont revenus à l’esprit, de manière un peu trop claire pour que je doute de leur véracité. Quand les Chaplin m’ont parlé des Azarov.

Je ne m’exprime pas plus que nécessaire sur cela, préférant m’atteler à remettre sa perfusion en place, avant de lui faire entendre qu’elle devrait écouter, à l’avenir, les recommandations du corps médical. Ce qui me vaut un : « Difficile de rester sagement à ne rien faire. Surtout lorsqu'on aime bien tester les choses par soi-même. », qui m’arrache un petit sourire un peu plus amusé. Encore une chose étonnante, mais Shiloh et moi, on dirait que nous avons plus en commun que nous ne pouvions le penser, à l’origine. Bien qu’à présent, je sois plus détendu qu’autrefois. J’ai appris, non seulement à juguler ma colère, mais aussi à me montrer moins impulsif, à être plus raisonnable. D’où l’intérêt de la pratique de la boxe et de la course. D’où l’intérêt d’avoir été chirurgien : rien de tel, pour réussir à garder son sang-froid et éviter de suivre son instinct 1er. Je finis par mettre en avant qu’à force de pousser les limites de son corps, cela lui portera préjudice, essayant de la convaincre de se montrer plus patiente, ne sachant que trop bien, aussi bien via mon passé de médecin, que via mon expérience de prêtre, que les malades ne rêvent que d’une chose : rentrer chez eux. Au plus vite. Réaction on ne peut plus normale. « Ce n'est pas simplement sortir d'ici que j'veux.. », m’explique-t-elle, s’arrêtant cependant, au milieu de sa phrase. Ma curiosité me fige quelques secondes, mais ça ne dure pas. Je reprends bien vite mes occupations. Pas besoin d’être un génie pour comprendre ce qui englobe le non-dit. Besoin de bouger, pour qu’elle ne soit plus enfermée entre ces murs, qui, même si ça n’est pas le même hôpital que celui dans lequel son petit-ami a péri, ça n’en reste pas moins un hôpital. Besoin pour elle de s’éloigner aussi de moi, qui ravive de mauvais souvenirs. Besoin sans doute de reprendre une vie normale, elle qui n’aime visiblement pas être clouée au lit. Possible besoin pour elle de s’occuper l’esprit, suivant si elle a réussi à faire son deuil ou non… Si ça avait été une autre personne, je lui aurais lancé un petit regard, mêlant soutien et encouragement, l’invitant ainsi à me parler, si elle en éprouvait le besoin. Sans pour autant la forcer à quoi que ce soit, ça serait stupide, les gens se confient s’ils le désirent. Mais là, vu notre passé, je m’abstiens. Je me contente de garder le silence. Remarquez, le résultat est le même, lui faire comprendre qu’elle est la bienvenue, si elle souhaite continuer sa phrase. Et, en un sens, c’est ce qu’elle finit par faire, un peu plus tard : « Ca ne peut pas être pire de toute façon. Je doute pouvoir sortir d'ici dans l'heure, surtout s'ils me voient incapable de tenir sur mes jambes toute seule. Donc bon.. ». J’approuve ses dires d’un simple signe de tête, tandis qu’elle aoute : « J'peux pas savoir s'il n'est pas prêt sans essayer. ». Je me mords l’intérieur de la lèvre, passablement amusé par sa réflexion. Somme toute, fondée, mais que j’ai déjà entendu, en substance du moins, provenir d’enfants ou d’adolescents. « Continue, et tu vas surtout tester les mérites de cet hôpital ! », dis-je, tout simplement, en haussant les épaules. Pas de reproches dans mes mots, un simple constat, sous forme de conseil. Qu’elle le prenne ou qu’elle le jette, c’est entre ses mains.

Mon regard se déporte quelques minutes par la fenêtre, lui laissant ainsi du temps. Du temps pour digérer ma présence à ses côtés, comme du temps pour assimiler nos quelques échanges. Du temps, surtout, pour qu’elle parvienne à me voir comme un soutien, et non comme un adversaire. Et ce, en dépit de la haine qu’elle peut – légitimement – éprouver à mon encontre. Je finis par briser le silence, lorsque mon regard se repose sur elle, et que je la vois, possiblement en souffrance, du fait de sa position et de ses blessures. De fait, je ne tarde pas à lui proposer mon aide, pour qu’elle puisse se recoucher. « Je n'ai pas trop le choix ? ». Je hausse les épaules, tout en lui faire remarquer que : « On a toujours le choix. Reste à savoir par quels moyens on est prêts à atteindre le résultat escompté. Dans ton cas : en souffrant grandement, sans aide, ou en atténuant ses souffrances, en acceptant de l’aide. » Le choix est ainsi entre ses mains. Je ne vais l’obliger en rien. Vous avez dû le remarquer, maintenant, mais ça n’est pas dans ma nature, de plier les gens à ma volonté, et ce, même si ça pourrait être pourtant préférable pour eux. Je me dirige cependant vers elle, pour tenter de l’aider. Je fais cela lentement, surtout pour lui laisser le temps de me repousser, si elle préfère. « Vous pouvez m'le dire, ce n'est pas pour demain, hein ?! », me demande-t-elle, me laissant à croire qu’elle n’a rien contre mon aide. Voici comment je finis par l’aider à se recoucher, évitant les gestes brusques, attentif à ses expressions corporelles pouvant m’indiquer qu’elle souffre, afin de, si besoin, moduler mes gestes. Ce faisant, je lui réponds, voulant lui changer les idées, du mieux, face à la douleur qu’elle peut éprouver, en « bougeant », même si juste un peu, et le plus précautionneusement possible. « Je ne connais ton dossier qu’en surface… », admis-je, ne voulant pas m’avancer dans des théories hasardeuses, même si mon passé m’aide relativement à bien cerner son cas. « Mais oui, tu devras rester un moment ici. Il va te falloir être patiente. ». Je lui lance un sourire encourageant, alors qu’elle est enfin allongée. « Ca va ? », est la question qui vient conclure cette « manipulation », essayant ainsi de savoir si elle sent bien – autant que possible, du moins, bien entendu. « Il y a de bons médecins ici, tu es entre de bonnes mains ! », lui dis-je, après avoir eu une réponse de sa part quant à son état. Mes lèvres se retroussent en un sourire, un brin amer, alors que j’évoque la qualité du corps médical. Non parce que je ne crois pas les paroles que je viens de prononcer, loin de là, même ! Je sais ce qu’ils valent ici, depuis le temps que je les côtoie. Il s’avère juste que je me demande si je suis légitime de lui dire ça, alors que je me suis présenté, à elle et aux parents de son petit-ami, il y a des années de ça, comme un bon chirurgien. C’est ainsi que l’on me présentait également, il faut dire. Donc, je souligne ici l’ironie de la situation. J’espère juste qu’elle ne mettra pas en doute mes mots, juste à cause de l’histoire qui nous lie l’un à l’autre.

Je prends ensuite place sur le petit fauteuil, à côté de son lit. Etant donné qu’elle semble un peu moins sur la défensive qu’à mon arrivée, je vais tenter de voir si je peux faire ce pour quoi je suis venu ici : mon travail. Et la faire parler. Lui faire entendre raison. Mais, au lieu de cela, c’est elle, qui m’interroge : « Dites, je peux vous poser une question ? ». Intrigué, j’hausse les sourcils, la conviant cependant à me poser cette fameuse question, d’un signe positif de la tête. Peu importe par quel moyen la conversation se fait, tout ce que je veux, c’est qu’elle me parle. Alors s’il faut la laisser m’interroger, pour ainsi, parvenir à gagner quelque peu sa confiance, je vais le faire. « Pourquoi vous êtes dans cette ville ? ». Mes lèvres se resserrent en une fine ligne, tandis que ma main va se perdre dans mes cheveux, pour me gratter la tête, déconcerté par son interrogation. Je ne m’attendais pas à ça, je l’avoue, même si, une fois encore, c’est compréhensible. Un peu étonné, je marque un petit temps de silence, avant de finalement répondre : « J’ai eu besoin de changer d’air, et de vie, tout simplement. », dis-je, dans un souffle, en détournant le regard, tout en m’enfonçant un peu plus dans mon siège. « A Atlanta, j’étouffais…. ». A mon tour, de ne pas terminer ma phrase, laissant planer le doute quant à ce qui me donnait ce sentiment. Même si, en réalité, c’était un subtil mélange, entre mon travail, dans lequel je ne me sentais plus légitime, ma vie de couple, avec une femme qui ne cherchait plus à me comprendre, et une ville, qui ne me rappelait que trop les multiples erreurs que j’avais pu commettre, au cours de ma vie. Finalement, je l’observe de nouveau, pour lui dire : « J’ai choisis cette ville au hasard, ne sachant où aller. ». Espérant ainsi détendre l’atmosphère. Ne tenant pas vraiment à m’étendre plus que nécessaire sur la question de la jeune femme, et tout ce qu’elle englobe. « Puis-je te retourner la question ? », me hasardé-je à demander, espérant que ça ne soit pas trop lié à son défunt petit-ami, mais bon... Il faut bien que l’échange se poursuive, après tout, et c'est la suite logique de celui-ci, ça paraîtrait étrange que je ne lui pose pas cette question à mon tour. Même si, de mon côté, j’ai répondu sans réellement répondre. Mais je ne l’oblige pas à s’étendre plus que moi sur les raisons de sa présence ici, pas plus que je ne l’oblige à me répondre. Elle est libre de faire ce qu’elle veut. Je veux juste essayer d’en apprendre un peu plus sur elle. De nouer une relation avec un minimum de confiance. Afin d’être en mesure de l’aider au mieux, pour l’hospitalisation qui l’attend, et qui sera difficile pour eux, au vu du caractère qu’elle parait avoir.

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J'ai tellement rêvé que le réel me tue.
Moi, j’ai toujours eu ce dont j’avais envie mais jamais ce dont j’avais besoin : une main qui se tend et quelqu’un qui me comprend. Des yeux qui me pardonnent d’avoir mentit autant, quelqu’un qui me répare, qui met de l’or dans ma vie.
Shiloh Murray
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☆ INSCRIT DEPUIS : 29/06/2016 ☆ MESSAGES : 86 ☆ DISPO RP : SI PATIENT, OK
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☆ METIER : Pas de chance pour moi, je ne suis pas la vétérinaire dont je rêvais en étant gamine. Mais.. J'ai, à mes yeux, le plus beau métier. Cavalière de reining à mon compte depuis quelques années. Avec mes chevaux et ceux de clients, bien entendu. Une belle écurie qui se garnit de très bons chevaux à mesure que le temps passe.
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MessageSujet: Re: Voice of the Voiceless | Natiloh   Dim 5 Mar - 23:17


Voice of the Voiceless.
NATILOH
But I had already fallen. Fallen into this deep, dark hole. I was trapped. Trapped in this nightmare. The clock is the most scared thing in a hospital..
La joie. Est-ce qu'ils sont surs de vouloir me garder, ici, dans cette chambre, pendant tout ce temps plus ou moins long ? Vraiment, surs d'eux ? Parce qu'ils me connaissent assez mal, ces blouses blanches. Je crois bien que dès qu'il me sera possible de sortir de là, moyennant la signature d'une décharge, je le ferai sans la moindre hésitation. Sinon, ce n'est pas un simple hôpital qu'il me faut, mais carrément un voyage dans une aile psychiatrique ! Je ne peux pas. C'est comme ça. Alors devoir appeler de l'aide rien que pour un geste aussi simple que de boire quelques gorgées sans avoir une douleur incroyable et fulgurante dans tout le ventre, la poitrine et le dos .. Ca m'énerve. Grandement. Je sais pourtant que ce pauvre infirmier que j'ai malmené n'y est pour rien et qu'il fait juste son boulot. Mais, quand même. Saturation de me sentir aussi assistée que ça. Tous mes proches -et même les personnes qui ne sont que de simples connaissances- le savent. Je veux être libre de mes propres choix. Comme ça, si je me vautre et bien, je le fais seule. Et je n'ai pas à en vouloir à quelqu'un d'avoir été négligeant sur un petit détail. Mais, si je réussis, je le fais également seule. J'avoue que c'est parfois pesant de ne pas pouvoir partager les petites victoires de tous les jours avec mon entourage. Une question de fierté semble-t-il. Disons surtout que j'estime que chacun à son propre seuil de tolérance et ses propres attentes, que mon perfectionnisme me pousse même à voir certains de mes échecs briller comme une petite victoire dans la tête des autres. Bref. Toujours est-il que le plus vite je vais pouvoir sortir d'ici, et au mieux je vais me porter. Bien entendu, ce n'est pas le personnel soignant qui me place dans une telle envie de reprendre mes petites habitudes perdues. Moi, je m'en fous d'être dans cette chambre d’hôpital en fait. C'est plus l'idée d'être comme une gamine sous surveillance constance et entravée dans une camisole mise de force qui me rend dingue. Puis, il y a aussi autre chose qui me traverse l'esprit lorsque je prends quelques minutes pour réfléchir à tout ça. Je m'en fous un peu de moi. Jamais je ne me suis mise en avant, et ça ne va pas changer. Je m'inquiète nettement plus pour le cheval avec qui cette chute est arrivée. Il est encore très jeune, il ne doit pas rester sur un tel souvenir pour ses premières sorties en extérieur. Vite que je sorte d'ici pour le reprendre en douceur..

Sauf que tout ça, je n'y pense plus réellement depuis que ce fameux ancien docteur est entré dans ma chambre. Disons que je ne sais même pas vraiment quoi penser. Oui, sa simple présence réussie à déconnecter plusieurs choses dans ma tête. Est-ce que c'est le souvenir du décès de mon gars d'alors qui me revient en mémoire et qui bouscule certaines choses ? Est-ce que c'est l'un des effets de ce comas dans lequel on m'a plongé ? Ou encore l'effet des médicaments ? Le stress de ne pas pouvoir sortir ou même, ne serait-ce que m'asseoir sur ce lit toute seule comme une grande ? J'en sais rien. Vraiment. Ou autre chose, peut-être ? Bien entendu. Il sourit doucement alors que je n'ai clairement pas été correcte avec lui. Mais, il y a trop de choses autour de moi qui me compressent et qui m'acculent au bord de ce fossé qui m'effraie. Lui lançant un regard, je ravale doucement ma fierté jusqu'à baisser très légèrement la tête. S'il a réussit à me dompter ? Non, je ne crois pas. Il a simplement évité de rajouter de l'huile sur ces braises encore incandescentes. « Ca n’aurait servi qu’à t’énerver encore plus. Et tu as de quoi être furieuse. » Si j'ai de quoi être furieuse ? Bien entendu ! C'est un vrai volcan en éruption qui peut être l'image la plus parlante pour me décrire. Je ne suis plus que ça, devenue bien trop imprévisible et certainement impulsive pour avoir l'intelligence de réfléchir avant d'agir. Si je suis furieuse contre lui ? Certainement. Mais, si je suis aussi difficile envers moi-même, c'est bien parce que cette colère que j'accumule, je la réserve pour moi. « Sans doute. Mais, j'étais persuadée que vous alliez me sortir le discours du la fureur n'apporte jamais rien de bon. » Et ça aurait été légitime. Un bon petit tacle comme j'en ai besoin. C'est de ça dont j'ai besoin. De personnes qui me remettent -pas forcément méchamment-, en place de temps en temps. Et j'avais trouvé cette personne qui, aujourd'hui, me manque pour équilibrer mon fichu caractère. Dommage.

Sans réellement le chercher, j'arrive même à lui arracher un autre sourire. Un nettement plus teinté d'autre chose qu'une sorte de colère dissimulé ou pas réellement amusé. Si j'ouvrais les yeux comme je vais finir par le faire, je pourrai même grandement l'apprécier. Le trouver intriguant et me sentir intriguée, puis surtout, gourmande d'en voir d'autres. Bien plus prononcés. Pour le moment, pourtant, le fait d'être aussi désespérée sur mon propre cas m'empêche de voir plus loin qu'un simple étirement des lèvres. Ou du moins, c'est ce que je pense. Toujours est-il qu'en quelques mots, en quelques phrases, j'essaie de lui faire comprendre que je ne suis pas là pour rester longtemps et sans doute aussi que je ne suis pas brisée. Mais, toujours pleine de volonté. Un pur mensonge que je m'offre à moi-même avant de le resservir à n'importe qui croisant mon chemin. Il n'y déroge pas. Surtout que je sais très bien que j'agis comme une gamine inconsciente et qui ne tient pas en place. Sauf que c'est moi. Et que ce moi, je ne peux rien faire contre. Il semble réellement intéressé par ce que je dis. Il semble même curieux face à ce que je désire, mais que je tais. Avant même d'approuver ce que je finis par dire par la suite. Comme quoi, tout peut arriver. « Continue, et tu vas surtout tester les mérites de cet hôpital ! » Une réplique qui, à nouveau, me fait redescendre. Il ne le sait sans doute pas, mais il sait s'y prendre avec moi. Vraiment. C'est même presque effrayant lorsque je me rappelle de ce qu'il s'est passé il y a quelques années de cela. J'en soupire, avant de rouler des yeux comme une petite fille prise en flagrant délit de vol de cookies sortis du four. « Y'a plus sympa à faire, quand même.. » Sans offense. Mais, chacun son truc. Moi, clairement, ce n'est pas d'être dans un hôpital des jours durant. Alors imaginer que mon hospitalisation risque de se transformer à du long terme à cause d'une merde qui va me tomber dessus sans prévenir dans les jours qui viennent : je n'ose même pas y penser. Dans ma tête c'est clair : d'ici quelques semaines, au pire, je suis à cheval. Et plus dans une chambre. Douce ironie.

Comme c'est déstabilisant de se dire que cet homme (que je pense détester pour avoir été, à mes yeux, l'une des raisons de la perte du seul que j'ai pu aimer -alors que non, clairement, ce n'était pas de sa faute), réussir à juste commencer à me raisonner. C'est pas gagné. Je doute qu'il y arrive, surtout qu'au fond de moi, je le tiens responsable de tout ce qui a pu se passer. C'est débile, oui, j'en ai conscience. Mais, c'est ce que j'avais pris le soin de me mettre en tête pour passer au-delà du deuil, surtout que je n'étais pas amenée à le revoir. Encore moins dans ces conditions. Et je ne parlerai même pas d'un futur commun qui va plus que nous surprendre. Il a cette sagesse et ce recul qui me font encore défaut. Il n'y a qu'à voir ce regard qu'il pose sur moi alors que je grimace presque de cet acharnement de ma part à vouloir aller plus vite que mon rétablissement. « On a toujours le choix. Reste à savoir par quels moyens on est prêts à atteindre le résultat escompté. Dans ton cas : en souffrant grandement, sans aide, ou en atténuant ses souffrances, en acceptant de l’aide. » Présenté ainsi, il est évident que n'importe qui choisirait de se faire aider pour atténuer cette douleur. Étonnement, c'est la solution pour laquelle j'opte, moi aussi. Assez surprenant et déroutant d'accepter ainsi son aide lorsqu'on connait toute notre histoire. Ou du moins, ses débuts. J'accepte ainsi d'un léger signe de tête. La respiration certainement trop acculée et douloureuse pour lâcher un mot de plus. Dans quel état je suis, ma parole.. Nouvelle sensation étrange, lorsque je me rends compte qu'il agit avec une telle douceur dans ses gestes avec moi. La crevure qui peut lui sauter à la gorge à tout moment et qui ne s'est pas vraiment gênée pour le montrer à son arrivée. J'ai presque moins mal entre ses bras que ceux des infirmiers que je commence à connaitre. Heureusement que je ne suis pas une douillette. Ou pas, en fait. Si je l'étais, peut-être que je prendrais moins de risques. Curieuse, j'en suis alors à lui demander, indirectement, si je vais être capable de partir d'ici dans peu de temps. « Je ne connais ton dossier qu’en surface… » Je m'en doute un peu. Il n'est sans doute pas le mieux placé pour répondre à cette question, même si les termes médicaux qui se rapportent à mon cas doivent plus lui parler qu'à moi. « Mais oui, tu devras rester un moment ici. Il va te falloir être patiente. » Malheur. Voilà qu'il me confirme ce que je crains le plus. J'en détourne mon regard alors fixé sur lui, pour le porter vers la fenêtre de cette chambre. Vers dehors, tout simplement. Foutu caractère ne rime pas forcément avec insensible. Moi, je ne le suis pas. Une preuve ? Ce filtre brillant qui s'empare de mon regard. Double raison pour détourner le regard. Je déteste montrer le moindre signe de fragilité. « Ca va ? » Je ne sais pas s'il me demande ça à cause de ce lit que j'ai retrouvé pleinement, pour mon regard qu'il a pu remarquer ou pour d'autres raisons plus complexes. Comme le fait d'être face à lui. Lâchant un petit soupire, je me contente d'un petit « J'ai déjà connu mieux, mais ça va. Oui. » De simples mots, que j'arrive pourtant à articuler à nouveau. Une sensation presque plaisante, bien que douloureuse. « Il y a de bons médecins ici, tu es entre de bonnes mains ! » Forcément, je fais à mon tour le parallèle entre ce qu'il vient de me dire et son ancien travail en tant que chirurgien. Mais, pour une fois, je garde ça pour moi. Comme si je sais que je suis déjà allée un peu trop loin, pour aujourd'hui, du moins. Et que, finalement, sa présence me calme assez. Est-ce que c'est dû à sa nouvelle fonction, alors que je suis loin d'être dans le délire religieux ? J'en sais rien. Sa voix calme, son attitude posée sont autant de choses qui me forcent à ravaler ce venin que je réserve à n'importe qui. Puis, j'en soupire à nouveau en me rappelant les propos de ce docteur qui m'a, semblerait-il, vu au plus mal à mon arrivée en ces lieux. Et qui a grincé des dents en voyant qui s'occupe de mon cas. Faut croire que j'ai tiré la mauvaise pioche. Comme d'habitude. « Parait que j'suis mal tombée .. » Non, je ne parle pas de ma chute. Mais, bien de ce que j'ai cru comprendre au sujet de cette blouse blanche qui doit s'occuper de moi. Et autant dire qu'il a plutôt intérêt à gérer son coup pour me faire sortir d'ici le plus rapidement possible. J'en suis pas au point de sortir les crocs, mais je grogne doucement. Et c'est pas très bon.

Mon regard s'attarde un instant sur cet homme. Disons que par le passé, je ne l'ai pas détaillé du regard comme maintenant. Difficile pour moi de dire s'il a pu réellement changer d'apparence hormis sa coupe de cheveux qui n'est, comme pour beaucoup, pas vraiment la même. Elle ne lui va même pas trop mal.. Shiloh !! Le voilà qui s'installe. Ca tombe plutôt bien, puisque sa présence m'assure un peu de compagnie mine de rien. Et comme personne ne devrait venir encore aujourd'hui.. Et forcément, ma curiosité légendaire a fini par prendre le dessus, et me voilà ainsi à lui poser cette fameuse question au sujet de sa présence dans cette ville. Sacré hasard, non ? Je remarque bien ce geste qu'il a alors, passant sa main dans ses cheveux. Sujet sensible ? Je devrais vraiment apprendre à me taire.. « J’ai eu besoin de changer d’air, et de vie, tout simplement. A Atlanta, j’étouffais…. » Pour la réelle première fois depuis son arrivée dans ma chambre, il semble .. pas vraiment sûr de lui. Sans doute un peu perdu ? Il n'a pas l'air bien en tout cas. Il a laissé femme, boulot de côté ? Enfants aussi ? Roulant des yeux une fois de plus, je me mets cette limite mentale à ne pas dépasser. Cela ne me regarde pas. Au moins, on est deux à avoir ce sentiment d'étouffement. Moi, c'était parce que chaque coin de rue me rappelait ce que la vie m'avait repris. Comme quoi.. « J’ai choisis cette ville au hasard, ne sachant où aller. » Une révélation qui me fait doucement froncer les sourcils. Avec ce qu'il vient de me dire, il est clair qu'il a une période bien sombre dans sa vie qu'il traîne derrière lui. « Sacré hasard aussi, pour qu'on se revoit comme ça.. » Aucune méchanceté dans ma voix. Juste un constat. C'est vrai, après tout. Quelle pouvait être la probabilité pour qu'une telle scène se passe vraiment ? Bien évidemment, je suis très loin d'imaginer que nos deux passés sont ainsi si étroitement liés d'une certaine manière. « Puis-je te retourner la question ? » Forcément, je n'y échappe pas. C'est de bonne guerre, si je peux dire. Par où commencer. Et surtout, quoi lui répondre ? Détournant le regard de lui, j'en viens à fixer ce plafond si blanc pour me demander ce que je fais ici. « Et bien.. Mes parents ont décidé de vivre par ici, j'sais pas trop pourquoi. Ils ont eu une bonne opportunité immobilière pour mon boulot, donc pour moi dans la foulée. » Gardant le silence un bref instant, je finis par ajouter. « J'ai jamais été si proche du but. C'est pour ça aussi que je veux sortir le plus vite possible. Que tout n'parte pas en fumée .. » Le retour du triste voile dans mon regard, avec cette promesse que j'avais faite à mon si jeune voisin. Je ne peux pas abandonner en touchant ce but du bout du doigt, même si la route est encore très longue. Mais, il est clair que si je ne reprends pas prochainement mon activité, même sans absolument être à cheval, cela risque d'être bien mis à mal. S'il y a quelque chose que je déteste par dessus tout, ce sont les échecs. « Vous n'êtes donc plus médecin ? » Question qui a le mérite d'arrêter de parler de moi. Une autre chose avec laquelle j'ai du mal. Si je peux combler ma curiosité en évitant d'être le sujet de l'attention, ça me va plutôt bien.

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MessageSujet: Re: Voice of the Voiceless | Natiloh   Mar 11 Avr - 16:09

Shiloh ∞ Nathanaël
Il y a des moments dans l’existence où une porte s’ouvre et où votre vie dérape dans la lumière. De rares instants où quelque chose se déverrouille en vous. Vous flottez en apesanteur, vous filez sur une autoroute sans radar. Les choix deviennent limpides, les réponses remplacent les questions, la peur cède la place à l’amour. Il y a des moments rares dans l’existence où une porte s’ouvre et où la vie vous offre une rencontre que vous n’attendiez plus. Celle de l’être complémentaire qui vous accepte tel que vous êtes, qui vous prend dans votre globalité, qui devine et admet vos contradictions, vos peurs, votre ressentiment, votre colère, le torrent de boue sombre qui coule dans votre tête. Et qui l’apaise. Celui qui vous tend un miroir dans lequel vous n’avez plus peur de vous regarder. Il suffit d'un instant. Un regard. Une rencontre. Pour bouleverser une existence. La bonne personne, le bon moment. Le caprice complice du hasard. (Citation remaniée de Musso, pour coller à la rencontre Natiloh.)


Jeudi 6 Octobre

Je sais que ma jumelle aura du mal à me croire, quand je lui dirais que l’une des malades que j’ai été amené à voir aujourd’hui, est nulle autre que la petite amie d’Aaron Moore. Un nom qui a hanté ma vie, il y a quelques années de cela. L’un des patients que j’ai perdu. Une chose qui arrive à tous les médecins, malheureusement, car on ne peut sauver tout le monde. Quand bien même on le voudrait, quand bien même on est doués ! Le jeune Moore a été le patient qui a engendré un déclic dans ma vie. A tel point que j’ai choisis de changer de carrière pro, et de vie, plus globalement. Même si cette décision n’a pas été à cause de lui réellement, mais plutôt à cause de la prise de conscience que sa mort a déclenchée en moi. Alors, évidemment, le jeune homme a souvent été évoqué, chez moi, pas toujours clairement d’ailleurs, mais son fantôme me hante depuis sa mort, en permanence. Et ça, ma sœur le sait, mieux que quiconque. La connaissant, je m’attends d’ailleurs à ce qu’elle me colle, dans les jours à venir, afin de prévenir toute « rechute » de mon humeur, à cause de ce retour de mon passé, auquel je ne pensais ne plus avoir à faire face. En dépend des années écoulées, je sais, ainsi que ma jumelle, que je n’ai pas totalement guéri de cette époque. Comment le pourrais-je, du fait que c’est à ce moment-là que mes rêves se sont envolés en fumée ? Que la noirceur de mon passé oublié s’est rappelé à mon bon souvenir ? Que la femme que j’avais profondément aimé a fini par m’abandonner, sans un mot, sans regret ? Que le seul homme que j’ai réellement considéré comme un père est mort ? Car c’est bien tout ça, que va raviver en moi, insidieusement, « l’apparition » de Shiloh dans ma vie. Dans un 1er temps, du moins. Dans un 2nd, sans doute. Possiblement encore un peu dans un 3ème. Oui, le chemin sera long, et laborieux, avant que notre « relation » puisse évoluer, d’une quelconque manière que ce soit, sans être pour autant entravé en permanence par le minuscule lien que nous avons, depuis des années maintenant. Pour le moment, elle n’est qu’une malade, comme tant d’autres, que je suis amené à voir. Non plus en tant que médecin, comme autrefois, mais en tant que prêtre. Je pourrai faire demi-tour. Ne même pas tenter de lui parler, de lui imposer ma présence. Mais on m’a demandé d’aller la voir. Et je sais bien qu’Il ne fait jamais rien sans raison. Je ne vais donc pas fuir devant une épreuve qu’Il m’impose. De plus, ma sœur ne le supporterait pas. Et je ne me supporterais plus, suite à ça. C’est ainsi que je choisis de rester. Me promettant toutefois de ne plus remettre les pieds dans cette chambre, si la jeune femme me fait comprendre qu’elle ne veut plus me voir, à l’issue des quelques minutes que je vais tenter de passer en sa compagnie. Une fois cette décision prise, j’agis avec elle comme je le ferai avec n’importe qui. A la différence près que là, je n’ai pas à expliquer pourquoi je suis en mesure de l’aider, avec sa perfusion, étant donné que ça, elle le sait déjà. Et que mon rôle de prêtre me laisse tout le loisir de lui parler quelque peu, de tenter d’apaiser un peu la tempête qui semble couver en elle. « Sans doute. Mais, j'étais persuadée que vous alliez me sortir le discours du la fureur n'apporte jamais rien de bon. », me rétorque-t-elle, après que j’ai légitimé l’accès de colère qu’elle m’a servie, à mon arrivée dans la pièce. Je hausse les épaules, secouant négativement la tête. « Comme quoi, les apparences sont trompeuses ! », dis-je en lâchant un léger rire, avant d’expliciter plus en avant mon propos : « Ce qui n’apporte rien de bon, c’est de nier sa fureur. ». Et là, je parle en connaissance de cause. J’ai eu une période plutôt sombre, durant mon adolescence. Rien de trop excessif, mais disons que mon adolescence fut tout de même relativement mouvementée. Et surtout, ponctuée par bien trop de soirées, beaucoup trop arrosées pour des mômes de nos âges, avec un accès quasi trop facile à diverses substances illicites. Enchaînant les conquêtes sans intérêt, et me retrouvant souvent mêlé à des bagarres, qui, par miracle, n’ont jamais été très gaves. Je n’ai donc pas été un adolescent très sage, mais clairement pas un des pires qui soit. Toutefois, tous mes actes de rébellion ont été dirigées par la colère que j’éprouvais. Sans savoir d’où elle venait. Sans savoir contre quoi elle était dirigée. Conglomérat de rage, à l’encontre des souvenirs qui tentaient de se frayer un chemin dans mon crâne, quant à ce que mes parents nous avaient fait endurer, à ma sœur, à mon frère, et à moi, ainsi qu’à leurs autres victimes. Rancune également quant à ce qu’on avait pu vivre, à l’orphelinat. Haine aussi au sujet de ce prêtre, de ce modèle qui, à mes yeux, m’avait abandonné, faisant de lui un homme qui ne valait guère mieux que mon géniteur. Agacement aussi sur la vie en Amérique, bien différente de ce que j’avais connu jusqu’alors, et de l’accent que je me traînais, et qui me mettait régulièrement en marge des autres. Ressentiments sur tout un tas de choses, pour tout un tas de raisons, plus ou moins légitimes. Sauf que cette colère, je tentais de l’étouffer. De la noyer sous des futilités : soirées, fêtes, drogues, filles… Je ne la comprenais pas. Je ne la reconnaissais pas. Je ne la voulais pas. Je tentais de l’étouffer, de mon mieux. Et ça me rendait sans doute plus dangereux que si je l’avais accepté, et assumé. Car bien plus imprévisible, étant donné que ma hargne pouvait parfois diriger tous mes faits et gestes. Comme ça. Sans prévenir. « Il faut identifier les raisons de sa fureur, pour parvenir à la dompter, et en faire des choses bien plus constructives que ce que nos pulsions pourraient nous susurrer. », ajouté-je, quelques secondes plus tard. Aussi étonnant que cela puisse paraître, oui, j’estime qu’une rage, bien canalisée, peut mener à des choses bien. Il suffit de regarder dans le passé, pour le voir, sur bien des aspects artistiques ou autres…. « Et ça évite les pertes de temps et d’énergie ! », terminé-je, d’une voix laissant clairement à entendre que je ne parle pas dans le vent. Une fois l’origine de ma colère déterminée, j’ai pu apprendre à la canaliser, et à puiser en elle, pour en faire un moteur dans ma vie, et non un frein. C’est d’elle qu’est venue ma résolution à changer de vie, pour adopter un mode de vie qui me convienne bien plus. Qui me donne enfin l’impression d’être utile aux autres. De « payer » pour les actes abominables, perpétués par mes parents, mais aussi pour ceux qu’ils m’ont forcés à commettre. D’avoir enfin le sentiment que ma vie à un sens. Et même si ma vie a pris un virage radical ces dernières années, je ne regrette rien. Mon énergie, je la dépense pour des choses qui en valent la peine, des choses en lesquelles je crois. Les épreuves traversées m’ont appris beaucoup de choses, notamment à éviter de me laisser enivrer par la colère, comme ça aurait pu être le cas, si Shiloh avait dit ce qu’elle m’a dit, à une autre personne : cette autre personne aurait pu s’énerver. Grandement. Mais, tant que possible, je préfère conserver mon calme.

L’échange se poursuit, plus neutre que je ne l’aurai pensé de prime abord. L’entente n’est pas forcément cordiale, mais c’est mieux que ce que ça aurait pu être. Elle m’explique ce qui fait qu’elle tente de se démener de la sorte, en dépit de la conscience qu’elle a que ça n’est pas une bonne idée pour autant. « Y'a plus sympa à faire, quand même.. », rétorque-t-elle, boudeuse, comme une gosse. Comme tant d’enfants, avec lesquels j’ai pu parler, pour leur faire comprendre la futilité de leurs actes. « Je ne dis pas le contraire ! », m’écrié-je, de l’amusement dans la voix. « Mais le « plus sympa », tu pourras le retrouver, si tu prends ton mal en patience ! Et dans le meilleur état qui soit ! », continué-je, d’un ton qui se veut encourageant. Je ne m’engage même pas sur la voie du « En bonne santé », bien trop risqué, à ce stade-là : tout dépendra de comment sa guérison se passera. Inutile de lui donner de faux-espoirs, ni même de la démoraliser. Mieux vaut rester réaliste.

Vient ensuite le moment où je lui propose mon aide, pour l’aider à se recoucher, et à être ainsi dans une position à peu près plus agréable pour elle, que celle qu’elle a en ce moment. Sans surprise, mon offre ne l’enchante guère. Je ne sais pas vraiment si c’est parce qu’elle vient de moi, ou parce qu’elle n’est pas du genre à accepter qu’on l’aide en général, ou si c’est un mélange des deux. Avec calme et douceur, je tente de lui faire comprendre qu’elle a le choix, mais qu’il est dommage de choisir de souffrir, quand on a la chance d’atténuer. Il serait stupide de la brusquer. Du moins est-ce mon ressenti à son sujet. Je peux me tromper, bien entendu, c’est une probabilité. Je n’ai pas la science infuse, après tout, et je ne suis pas un expert de l’espèce humaine, même si j’ai de bonnes connaissances à ce niveau-là, via mon métier passé, et mon métier actuel. Mon discours parait faire son effet, car elle finit par accepter la main que je lui tends. C’est donc lentement que je l’aide à regagner une position à peu près acceptable pour elle. La conversation se poursuit, alors qu’elle m’interroge, pour savoir si elle devra rester ici encore longtemps ou non. C’est avec honnêteté que je lui réponds. Parce que je suis ainsi, et que mentir ne sert à rien, même si ça part d’une bonne intention. Pire encore quand le mensonge s’adresse à un malade, peu importe sa pathologie ! Ca, bien entendu, je l’ai remarqué en officiant à l’hôpital. Après avoir terminé de l’aider à s’installer plus confortablement, je l’interroge, pour savoir comment elle va, afin de m’assurer que ma précédente « manipulation » n’a pas été trop douloureuse pour elle. « J'ai déjà connu mieux, mais ça va. Oui. », m’indique-t-elle alors. Réponse qui a pour mérite de me rassurer. Au moins ne l’aies-je pas trop blessé. Du moins, pas plus qu’elle ne l’est déjà. Je me contente de hocher la tête : de toute façon, je n’ai rien à répondre à cela, n’est-ce pas ? « Parait que j'suis mal tombée… », m’avoue-t-elle, un peu désœuvrée. Réaction qui n’est guère surprenante : elle est ici depuis peu, elle va devoir rester en ces lieux pour un moment, alors il ne faut pas s’attendre à ce qu’elle retrouve le sourire et l’espoir en 3 secondes seulement. Un long processus l’attend, pour tenter de voir sa situation d’un œil nouveau. C’est pour l’aider à entamer ce processus, que l’on m’a demandé d’aller la voir. Reste à voir si je pourrais l’accompagner plus longtemps, à parvenir à atteindre ce nouveau regard, ou si elle me demandera de la laisser bien avant cela. « Donne-lui une chance, avant de lui donner l’étiquette d’un mauvais doc ! », est le conseil que je lui souffle. Rare sont les malades à trouver que leur toubib est doué, quand ils font leur rencontre pour la 1ère fois.

Remarquant qu’elle semble, pour l’instant, en mesure de tolérer encore ma présence, je finis par m’installer plus confortablement. Et voici comment elle finit par me demander ce qui m’a mené jusqu’à cette ville. Bien entendu. Je m’efforce de lui répondre, sans pour autant trop en dire. Répondre à sa curiosité sans trop la nourrir pour autant. « Sacré hasard aussi, pour qu'on se revoit comme ça… », lance-t-elle, aussi étonnée que moi du fait que nos chemins aient été amenés à se recroiser de la sorte. Je tapote, du bout des doigts, l’accoudoir de mon siège, avant de lui faire savoir : « On peut voir les choses ainsi… ». Car, bien entendu, pour moi, ça n’est pas du hasard, loin de là, mais plutôt Son œuvre. C’est ainsi que je vois les choses, du moins. Rien n’arrive pas hasard. Ce sont des petits signes de Sa part, qu’il nous appartient d’utiliser à notre gré, pour contribuer à transformer notre vie. Mais encore faut-il savoir interpréter correctement les signes ! Ce qi n’est malheureusement pas aussi facile que ça devrait l’être, et ce, pour de multiples raisons. Cela dit, même si personnellement, je m’efforce de garder à l’esprit que rien n’arrive pas hasard, je suis très loin de me douter de ce que nos retrouvailles peuvent indiquer, comme tournant à venir, dans nos vies. Une fois ma réponse terminée, je me permets de lui retourner la question, car j’avoue que cela m’intrigue. Et ça peut aussi permettre d’instaurer un semblant de climat de confiance et de normalité, dans notre entrevue. Tenter de repartir sur de meilleures bases. Evidemment, cette question la met mal à l’aise, comme l’atteste le fait qu’elle déporte son regard, pour le fixer sur le plafond. Sujet visiblement sensible, comme pour moi. Même si là, j’y détecte l’ombre de son défunt petit-ami. Après, bien entendu, il peut y avoir d’autres raisons, mais je m’appuie sur ce que je connais d’elle. « Et bien.. Mes parents ont décidé de vivre par ici, j'sais pas trop pourquoi. Ils ont eu une bonne opportunité immobilière pour mon boulot, donc pour moi dans la foulée. J’'ai jamais été si proche du but. C'est pour ça aussi que je veux sortir le plus vite possible. Que tout n'parte pas en fumée... », est la réponse qu’elle parvient finalement à m’apporter, prenant son temps. Temps que je lui laisse, comme elle m’a laissé du temps pour lui répondre, précédemment. De toute façon, il est inutile de forcer les gens à parler, s’ils refusent de s’ouvrir. Autant accepter ce qu’ils veulent bien nous montrer d’eux, et leur faire comprendre, via nos faits et gestes, qu’ils peuvent nous faire confiance, et nous voir au moins comme des soutiens, à défaut de nous voir comme des amis. « Vous n'êtes donc plus médecin ? », m’interroge-t-elle par la suite, à ma plus grande surprise. Je m’attendais soit à ce qu’elle continue à parler d’elle, soit à ce qu’elle s’enferme dans un mutisme, ou parte sur un autre sujet de conversation que celui-ci, du moins. Un léger « Hum. » amusé m’échappe, dans un soupir. Sans même y faire attention, ma main droite se porte à mon poignet gauche, pour y effleurer la montre qui s’y trouve. Celle que le Père Sergueï m’a donné, avant que je ne quitte la Russie, enfant. « En effet. Disons que ça fait partie de ce qui m’étouffait autrefois. », dis-je, de manière succincte. Toutefois, je glisse à la suite un petit : « Ce métier n’était pas fait pour moi ! ». Un point sur lequel je ne reviendrais jamais assez : la médecine n’était pas un monde qui me convenait réellement. Il m’a fallu du temps pour le comprendre. Mais je ne changerai d’avis pour rien au monde. Même si j’ai un immense respect pour cette profession ! Trop de pression, sans arrêt. Etre prêtre n’est pas une sinécure, mais je suis largement plus heureux, maintenant, que je ne l’étais, avant. « Et toi, tu bosses avec des chevaux, c’est ça ? », l’interrogé-je. C’est du moins ce que j’en ai déduit, quand on m’a parlé de son accident. « Si tu veux retourner dans ce milieu, il te faudra faire preuve de patience, sinon, tu devras renoncer à sa passion. Et ça n’est jamais une chose facile ! ». Tel est le conseil que je me permets de lui donner. Un léger retour à ce que j’ai dit un peu plus tôt. « Quand on a la chance de faire un métier qui nous passionne, il faut tout mettre en œuvre pour ne pas tout voir s’envoler en fumée ! ». C’est du moins ma façon de voir les choses. Comme je l’ai indiqué un peu plus tôt, j’aime mon métier de prêtre, même si ça n’est pas facile tous les jours. Autant dire que ça ne sera pas facile pour moi d’y renoncer, plus tard. Pour Shiloh…

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J'ai tellement rêvé que le réel me tue.
Moi, j’ai toujours eu ce dont j’avais envie mais jamais ce dont j’avais besoin : une main qui se tend et quelqu’un qui me comprend. Des yeux qui me pardonnent d’avoir mentit autant, quelqu’un qui me répare, qui met de l’or dans ma vie.
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